[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

La poursuite du conflit armé en Syrie [fr] a poussé plus de 1,6 million de personnes à fuir, principalement vers le nord du pays. La crise humanitaire catastrophique qui en découle est maintenant renforcée par les répercussions de l’épidémie de COVID-19 dans la région. 

Les habitants de la région d’Idlib [fr], dans le nord de la Syrie, endurent déjà des conditions de vie dramatiques au quotidien. En dépit du fait qu’Idlib n’a enregistré qu’un seul cas de COVID-19 en juillet, de nombreux éléments participent à la montée des tensions, dont les violences continues et délibérées infligées aux infrastructures vitales d’Idlib par l’alliance militaire syro-russe, laquelle a entièrement anéanti le système de santé.

En effet, selon l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch, « le nord de la Syrie est loin d’être en mesure de faire face à la pandémie de COVID-19 ».

Le militant Hani al-Hariri, originaire du sud de la Syrie et actuellement basé à Idlib, a expliqué à Global Voices que la situation pourrait être catastrophique si l’épidémie de COVID-19 atteignait le nord de la Syrie, où les populations déplacées accèdent difficilement aux besoins de base, comme les soins de santé, l’eau et la nourriture, empêchant ainsi toute distanciation sociale et toute hygiène.

En temps de guerre, les enfants paient le plus lourd tribut

À Idlib, les enfants sont souvent ceux qui paient le plus lourd tribut à la guerre. Celle-ci a jeté à la rue environ 190 000 enfants orphelins [ar] qui se débrouillent seuls au milieu des ruines d’Idlib. On estime que 290 000 enfants ont été déplacés à plusieurs reprises par la violence, rien que dans le nord de la Syrie. 

Le militant et journaliste [ar] syrien, Jamil al-Hassan, originaire d’Idlib, œuvre depuis des années sur le terrain humanitaire dans des régions tenues par les rebelles. Il a raconté à Global Voices quelques-unes de ses expériences. Les noms des personnes mentionnées dans son témoignage ont été modifiés afin de préserver leur identité :

Ahmad, Salah et Abdullah sont trois enfants âgés de moins de dix ans, originaires d’Alep [fr] et d’Idlib [fr], dont les familles ont été tuées dans une guerre commencée en 2011, voici près de dix ans. Faute de pouvoir compter sur quelqu’un d’autre, leur seul refuge a été l’un des trottoirs d’Idlib. Je les ai croisés lors de l’une de mes visites quotidiennes de la ville, et j’ai partagé une vidéo sur mon compte Twitter dans l’espoir de trouver un moyen pour leur venir en aide.

Voici la vidéo évoquée par Jamil al-Hassan :

Le déplacement des enfants, peu importe les causes, reste un déplacement d’enfants innocents et ce, sans qu’ils en soient responsables. Soutenez-les.

[description vidéo]
Un journaliste filme une rue et montre des enfants qui dorment sous une couverture, à même le trottoir. La scène se passe en plein jour.

Jamil al-Hassan a ajouté que la situation dans le nord de la Syrie était désastreuse, et allait encore se détériorer avec la propagation de COVID-19. Il a expliqué :

La présence d’enfants dormant dans les rues est devenue un phénomène fréquent. Si tous les habitants d’Idlib sont confrontés à une situation critique, les enfants qui vivent dans les rues sont particulièrement exposés à la propagation du coronavirus, puisque nous ne sommes pas en mesure de les protéger.

Des conditions de vie extrêmement précaires pour les réfugiés

La catastrophe humanitaire d’Idlib résulte d’une série de campagnes militaires menées par des pays soutenant le gouvernement de Bachar al-Assad : la Russie et l’Iran [fr] d’une part, et la Turquie d’autre part. Ces pays soutenaient initialement l’Armée libre syrienne, force d’opposition née des transfuges militaires syriens, qui sont ensuite devenus eux-mêmes acteurs du conflit en août 2016.

Idlib est la dernière place forte des rebelles et des djihadistes qui tentent de renverser le gouvernement d’Assad, lequel contrôle maintenant près de 64 % de la Syrie. Depuis 2015, la ville a été sous la coupe d’un certain nombre de factions rivales de l’opposition. La région compte plus de 4,5 millions de personnes [ar], dont environ 1,6 million de réfugié⸱e⸱s déplacé⸱e⸱s à l’intérieur du pays, essentiellement des femmes et des enfants, en provenance de diverses provinces de Syrie.

Ces campagnes à répétition ont infligé des souffrances inimaginables aux Syrien⸱ne⸱s. 

Entre décembre 2019 et mars 2020, des centaines de civils ont été tués et près d’un million de personnes victimes de bombardements aériens aveugles, de bombardements terrestres, d’arrestations, de tortures et de pillages, ont été déplacées contre leur gré à Idlib et dans les zones environnantes, selon un rapport [ar] rendu public le 7 juillet par la Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie. Les observations préliminaires du rapport sont disponibles dans ce tweet : 

Discours d’ouverture du président de @UNCoISyria, Paulo Pinheiro, lors de la conférence de presse, présentant leur nouveau rapport.
— HRC SECRETARIAT (@UN_HRC) July 7, 2020

Entre décembre 2019 et mars 2020, les personnes déplacées ont trouvé refuge dans des camps surpeuplés le long de la frontière turque, au nord de la Syrie, afin d’assurer leur protection. Dans ces lieux inhospitaliers [ar ; pdf], les réfugié⸱e⸱s ont été exposé⸱e⸱s à des températures inférieures à zéro degré celsius tout l’hiver, entassé⸱e⸱s dans des tentes et des abris de fortune, dans ce que le secrétaire général des Nations unies pour les affaires humanitaires, Mark Lockock, a qualifié de « plus grande histoire d’horreur humaine du XXIe siècle ».

Lors d’un échange téléphonique accordé le 28 juin à Global Voices, Hariri, bénévole au sein d’une organisation [ar] réunissant les habitants de Daraa, dans le nord de la Syrie, a déclaré que « les tentes ne protègent ni de la chaleur de l’été ni du froid de l’hiver ».

Il a précisé que les tentes ont pris feu suite à des températures élevées dépassant les 40 degrés celsius, sans compter les personnes cuisinant à l’intérieur. Les hivers n’ont pas été meilleurs : les tentes ont pris feu lorsque des chaussures et des vêtements étaient brûlés à l’intérieur, dans un effort désespéré de produire de la chaleur sous des températures inférieures à zéro. Hariri poursuit :

Les conditions de vie dans les tentes sont catastrophiques, elles sont inhabitables et sont conçues pour être une solution d’urgence temporaire offerte à celles et ceux qui ont perdu leur maison.

Les incendies de tentes ont été repris sur les médias sociaux :

Dans le camp situé au nord d’Idlib, près de Kafrlosen, un enfant a été brûlé après qu’une tente a pris feu. Que Dieu nous vienne en aide.

[description vidéo]
Nous sommes dans un camp de réfugiés. On peut voir les cendres de ce qui reste d’une tente qui a pris feu. Plusieurs personnes sont rassemblées autour, et regardent. Un homme marche sur les lieux du désastre.

De mal en pis

Par ailleurs, l’organisation à but non lucratif Save the Children a dévoilé que plus de 200 000 personnes, dont la moitié sont des enfants, ont quitté les camps du nord-ouest de la Syrie vers d’autres emplacements ou sont revenues dans leurs maisons détruites. Sous l’impulsion de l’accord de cessez-le-feu temporaire conclu le 6 mars, ces familles ont été placées devant un choix insoluble : affronter le virus ou faire face à la guerre.

Save the Children a tweeté :

Le sort des enfants et de leurs familles, dans le nord-ouest de la Syrie, est bouleversant. Ils ont dû échapper à d’intenses combats et sont à présent obligés de fuir le coronavirus.
“Ils n’ont nulle part où aller, sauf dans les gravats de leurs maisons.” – Sonia Khush.
Pour en savoir plus : https://t.co/YY7LPgKhIE

L’image montre une femme de dos et ses deux jeunes enfants à l’intérieur d’une maison détruite. La femme semble affairée près d’une armoire partiellement effondrée. Les deux enfants se tiennent debout, parmi les gravats, mobiliers et objets détruits.

Ces familles vivent dans des conditions très pénibles liées à une situation économique précaire, marquée par une hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires. Elles ne peuvent notamment pas bénéficier de services essentiels comme l’électricité, l’eau ou l’accès à internet. Néanmoins, elles survivent au jour le jour, malgré un avenir précaire en pleine guerre par procuration, menée sur le territoire d’Idlib au détriment des civils innocents.

Tandis que le monde entier déploie d’énormes ressources pour combattre la pandémie, le régime d’Assad, de concert avec ses alliés, a dédié ses propres ressources pour tuer, déplacer et affamer le peuple syrien. Alors que près de 4,5 millions de personnes à Idlib sont toujours victimes de la guerre, elles anticipent maintenant les répercussions d’une autre catastrophe humanitaire inéluctable.

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Photo de Mousa Mohamed - موسى محمد

Ecrit par Mousa Mohamed – موسى محمد

Photo de Mariam Abuadas

Traduit (en) par Mariam Abuadas

Traduit par Véronique Danzé

Cet article a été publié sur Global Voices et est republié ici dans le cadre d’un rapport de partenariat et d’échange de contenu.

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