Deux femmes du camp al-Hol abritant les familles de DAECH / ISIS ont déclaré à une agence de presse kurde que les enfants du camp sont soumis à une formation militaire où ils apprennent à torturer et à tuer. 

Deux femmes de l’EI du camp Hol ont dévoilé des informations concernant les organisations de recrutement de jihadistes et ont raconté la vie de femme dans le camp. Toutes deux appellent leur pays d’origine à les rapatrier. 

L’opération anti-EI menée par les forces arabo-kurdes dans le camp al-Hol se poursuit depuis 25 août. Le camp abrite environs 57 000 personnes dont près de la moitié sont des enfants. On estime que 15% des partisans de l’EI qui y vivent ont rejoint l’organisation terroriste islamiste depuis des pays autres que l’Irak et la Syrie. La plus part tentent de persuader leur pays d’origine à les rapatrier. 

Dans une interview accordée à l’agence de presse ANHA, deux femmes qui souhaitent également retourner dans leur pays d’origine ont raconté comment elles ont pu entrer en Syrie et rejoindre l’EI avec l’aide d’organisations de recrutement et de groupes de façade mis en place en Turquie. 

« Vous êtes attirés avec la promesse d’une vie confortable »

Ayşe Selim, une femme ouïghoure du Turkestan qui a vécu à Istanbul pendant deux ans, raconte avec quelle facilité elle a rejoint l’Etat islamique en 2016. Dans son pays d’origine, Ayşe s’est mariée à l’âge de 14 ans. Lorsque son mari et deux de ses fils ont été arrêtés pour extrémisme islamiste, elle s’est enfuie en Turquie avec ses trois enfants en 2014. « Beaucoup de gens du Turkestan vivent en Turquie, explique Ayşe. Des organisations et des associations ont été fondées ici afin de recruter les gens pour l’EI et les aider à se rendre en Syrie. Il y a les mêmes clubs et organisations à Idlib.»

Un jour, elle a été contactée par téléphone par un homme, également du Turkestan. Elle ne sait pas d’où il a obtenu son numéro. L’homme lui a demandé de venir en Syrie. Il lui a promis qu’elle pourrait y vivre gratuitement et toucherait de l’argent tous les mois. Elle a décliné l’offre de se marier. Sa vie était très difficile, dit Ayşe. « Alors rejoignez l’EI», leur a-t-on dit. Beaucoup ont rejoint l’EI dans le but de devenir un martyr. 

Le voyage en Syrie a été très facile, poursuit Ayşe. En 2016, elle a rejoint Raqqa avec ses enfants, où elle a épousé un ancien partisan de l’EI. « Les femmes célibataires ne pouvaient pas se déplacer librement » , explique Ayşe. «Mon enfant de neuf ans a été blessé dans la guerre de Bagouz et est décédé un an plus tard. Mon deuxième mari est également décédé à Bagouz. »

Les mains nues sont une violation dangereuse des règles 

Après la libération de la dernière enclave de l’EI à Bagouz par les YPJ/YPG et les FDS, Ayşe a été emmenée au Camp Hol avec ses enfants. La vie dans le camp est difficile, rapporte-t-elle. « J’ai oublié mes gants aujourd’hui donc mes mains sont nues. Toutes les femmes regardent mes mains », dit la mère de six enfants. « Nous sommes opprimées par les femmes ici. Si nous ne vivons pas comme elles, elles brûleront nos tentes. Nous devons vivre ici voilées de noir selon la charia. J’ai peur de ces femmes. Je ne sais pas ce qui va m’arriver demain parce que je vous ai parlé à visage découvert. » Les femmes qui rejettent la charia sont tuées», rapporte Ayşe. 

Personne ne connaît l’identité des femmes « Hisba » 

Les femmes qui ont pris le contrôle du camp sont issues de la Hisba, une institution religieuse qui fait respecter la charia. Cette organisation est composée d’environ 30 à 50 femmes, dont des étrangères. Elles sont spécialement formées aux exigences de la charia. Personne ne connaît l’identité des femmes Hisba et il est interdit de poser des questions. Ces femmes ont transformé d’autres femmes du camp en espions, qui signalent à la société secrète le comportement déviant des femmes vivant dans le camp, dit Ayşe. « Il n’y a pas d’échappatoire pour celles qui sont espionnées, les forces de l’ordre pénétraient par effraction dans les tentes en fin de soirée et brisaient les mains et les jambes de leurs victimes. »

« Nous n’avons pas vu un seul militaire à la frontière » 

Albina Abdulselam Abdullah, une Russe qui a également rejoint l’EI et détenue au camp al-Hol, raconte dans l’interview son arrivée en Syrie : «Mon mari, mes enfants et moi sommes venus en Turquie en avion en 2016. Nous sommes restés un certain temps en Turquie avant de partir pour la Syrie. À la frontière turco-syrienne, nous n’avons pas vu un seul soldat pendant tout le trajet. » 

Ils sont d’abord venus à Raqqa, rapporte Albina : «Là, nous, les femmes, avons été séparées des hommes. On nous tirait constamment dessus.»

« Nos enfants apprennent à torturer et à tuer des gens » 

Dans le camp, elle se sent menacée. « Nous avons toujours des problèmes avec les femmes ici. Elles nous accusent de nous détourner de l’EI. Nous ne voulons plus rester ici. Mes enfants ne reçoivent aucune éducation ici », poursuit Albina. « Torturer et tuer des gens est la seule chose que les enfants apprennent au camp. » 

Albina, qui est citoyenne russe, demande à la Russie de la rapatrier, elle et sa famille. « Nous ne pouvons plus vivre ici», dit-elle à la fin.

KAUF

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