[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Afin de commémorer l’année écoulée depuis le début des manifestations contre la loi d’extradition vers la Chine, le site hongkongais d’actualités en ligne Stand News a produit [zh] une série d’articles sur le mouvement d’opposition. Le reportage ci-après contient un entretien avec Finn, un membre clé d’un réseau réclamant des sanctions internationales contre la Chine pour atteinte à l’autonomie de Hong Kong. Le reportage original a été publié en chinois le 9 juillet 2020. La version remaniée suivante, traduite par Winnie Ko, a été publiée sur Global Voices dans le cadre d’un accord de partage de contenu.

Laam chau (攬炒), une expression signifiant « destruction mutuelle garantie », est un terme politique populaire à Hong Kong suite aux protestations contre la loi d’extradition vers la Chine.

Le slogan « Si nous brûlons, vous brûlez avec nous » incarne l’esprit de la doctrine du laam chau. Elle s’illustre également dans l’appel à des sanctions internationales contre la politique de la Chine envers Hong Kong, qui porte atteinte à l’autonomie de la ville et au principe « un pays, deux systèmes ».

Cette expression, tirée de l’identifiant « I want to laam chau » (en français : Je veux la destruction mutuelle), employé sur le forum LIHKG de Reddit, a aussi été récupérée par les partisans du pouvoir en place, en particulier par le Bureau de liaison de Pékin à Hong Kong.

Finn (pseudonyme), la personne à l’origine du nom d’utilisateur, s’est mis à rire :

Je n’aurais jamais imaginé que mon identifiant allait devenir un sujet de conversation incontournable parmi tous les Hongkongais.

Finn ne se trouve pas seul derrière ce pseudonyme. Comme le gouvernement de Hong Kong a refusé de retirer le projet de loi sur l’extradition vers la Chine, suite au rassemblement d’un million de personnes [fr] le 9 juin 2019, il a envoyé un message sur le forum et recruté un groupe de personnes animées par les mêmes convictions pour appuyer les protestations de Hong Kong depuis l’étranger.

Un groupe de pression international

Une véritable équipe, décrite par Finn comme des « lobbyistes internationaux de terrain » s’est rapidement formée autour des idées portées par « I want to laam chau ». « De terrain » car ses membres ne sont pas des figures politiques de premier plan, comme le militant pro-démocratie Joshua Wong, et ne disposent d’aucune connexion politique, d’aucun capital politique, d’aucune renommée.

La stratégie de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, de faire passer en seconde lecture le projet de loi sur l’extradition au Conseil législatif de Hong Kong, le 12 juin 2019, a enclenché la première offensive de cette équipe. Plus d’une centaine de courriels ont été adressés à des politiciens étrangers pour solliciter leur attention sur le projet de loi et les inciter à faire pression afin que leurs gouvernements respectifs sanctionnent les principaux responsables en annulant leurs passeports.

L’objectif consistait à influencer la décision de vote des législateurs pro-Pékin. Bien que la campagne ait reçu plus de 10 000 mentions « j’aime » sur le fil de discussion LIHKG, très peu de personnalités politiques internationales ont réagi à l’appel.

La campagne qui a capté l’attention du monde entier

Toutefois, la détermination de ce groupe a capté l’attention du monde entier : en quelques heures seulement, il a débloqué plus d’un demi-million de dollars hongkongais pour couvrir en première page son appel aux dirigeants du G20 [fr], lequel a été publié dans une douzaine de grands journaux internationaux le 28 juin 2019.

Depuis, les membres de l’équipe sont désigné·e·s comme des militant·e·s de la campagne « Luttez pour la liberté, aux côtés de Hong Kong » et ont très vite proposé aux politiciens de divers pays de venir à Hong Kong, pour observer les manifestations par eux-mêmes. Bob Seely, parlementaire britannique conservateur, a effectué le voyage fin août 2019.

Au mois de novembre de la même année, plus de 20 personnalités politiques étrangères étaient invitées à Hong Kong pour y observer les élections du conseil de district [fr].

Les groupes laam chau à travers le monde ont lancé des rassemblements de solidarité et contacté les représentant·e·s politiques de leurs pays respectifs afin de leur expliquer la situation politique de Hong Kong, et de les convaincre de se rendre dans la ville.

Dès la mi-juin 2020, le collectif laam chau a rallié l’Alliance interparlementaire sur la Chine (Inter-Parliamentary Alliance on China, IPAC), plateforme politique internationale constituée de parlementaires de 13 pays visant à « contribuer à l’élaboration d’une approche proactive et stratégique » sur les questions relatives à la Chine.

Un an plus tard, « I want to laam chau » reste un compte influent sur le fil Reddit LIHKG. La taille de son équipe a triplé et ses membres opèrent dans le monde entier.

Reconquérir Hong Kong

Finn était convaincu que les membres de son groupe laam chau allaient être la cible de la nouvelle loi sur la sécurité nationale de Hong Kong, prévoyant que :

[…] les organisations, les politicien·ne·s, les parlementaires, les étudiant·e·s basé·e·s à Hong Kong, et résistant sur le devant de la scène internationale, seront certainement réprimé·e·s.

En effet, le discours de la doctrine laam chau se trouve dans la ligne de mire du gouvernement chinois. Le Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao de Pékin a évoqué [zh] ce terme pour la première fois lors d’un point de presse en septembre 2019, au cours duquel il a été assimilé à des « affinités avec le terrorisme » et à la « révolution de couleur » (colour revolution).

Au mois de mai 2020, le Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao a formulé une autre requête pressant les Hongkongais à « rejeter le laam chau et à privilégier le développement ».

Pour Pékin, négligeant le sens du mot « mutuel », la doctrine du laam chau désigne une « autodestruction ». Les membres du groupe laam chau, considèrent quant à eux qu’il s’agit d’une riposte à la destruction de Hong Kong par Pékin. Finn a ajouté :

En ce qui concerne les Hongkongais·es ou les manifestant·e·s, le groupe laam chau vise le Parti communiste chinois (PCC). Cependant, dans le discours du camp pro-Pékin, la cible s’est étendue à “tous les Hongkongais”. La réalité est que les Hongkongais·es ont été sacrifié·e·s par le Parti communiste chinois pendant plusieurs décennies, c’est pourquoi nous voulons le sacrifier dans ce combat. Ils ont intentionnellement dénaturé le sens de l’expression laam chau.

Finn a précisé que la philosophie du laam chau constituait un moyen plutôt qu’une fin et que l’objectif n’était pas la destruction, mais plutôt une déclaration adressée au PCC, selon laquelle le parti devrait assumer le coût des préjudices infligés à Hong Kong.

Estimant que Hong Kong venait d’entrer dans « une ère sombre », suite à l’adoption de la loi sur la sécurité nationale – qu’il perçoit comme une étape cruciale dans la destruction de la ville par le PCC – Finn a souligné que l’objectif ultime du groupe laam chau était de reconquérir et de libérer Hong Kong pour en faire une ville véritablement internationale. Le relâchement du contrôle exercé par le PCC y joue un rôle essentiel.

De nouvelles interpellations

Pourtant, les rênes ne semblent pas se relâcher. En effet, le 1er juillet 2020, une douzaine de manifestant·e·s ont été arrêté·e·s. Un jeune homme de 23 ans, brandissant un drapeau « Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps » au volant de sa moto a été accusé d’incitation à la sécession et d’acte terroriste en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Sa mise en liberté sous caution a été rejetée. S’il est reconnu coupable, il risque une peine allant de trois ans d’emprisonnement à la perpétuité. Les propriétaires de magasins pro-démocratie, terrorisé·e·s par les éventuelles répercussions, ont été obligé·e·s de retirer toutes leurs affiches politiques du jour au lendemain.

Finn a perçu le travail de plaidoyer international comme un élément clé dans l’effort visant à « brûler » le PCC. Dans les circonstances actuelles, le projet laam chau repose largement sur les Hongkongais·es résidant à l’étranger.

Parallèlement, les sanctions internationales comme la révocation, par les États-Unis, du statut de Hong Kong comme zone tarifaire spéciale, nuisent également à l’économie de Hong Kong, ce que Finn considère comme une situation inévitable :

Afin de nuire au PCC, nous devons lui retirer son “gant blanc” [c’est-à-dire le rôle joué par Hong Kong en tant qu’intermédiaire] qui sert à dissimuler les transactions secrètes du PCC […] Les Hongkongais·es devront payer ce prix. Alors seulement, le PCC pourra être touché ; on n’a rien sans mal.

Selon Finn, le succès du lobbying international est tributaire de la détermination des Hongkongais·es :

Le combat politique au sein du Conseil législatif, les manifestations de rue et le soutien international sont intimement mêlés, et tous ces éléments sont essentiels.

Pour poursuivre ses activités de lobbying et de formation d’un réseau international, le groupe a initié, en mai 2020, un projet de crowdfunding visant à récolter 175 000 dollars américains, un objectif rempli à 90 %.

Les fonds seront alloués aux Hongkongais·es expatrié·e·s engagé·e·s dans les groupes de pression, à l’organisation de groupes de soutien et à la coordination de rassemblements de solidarité.

Creative Commons License
Photo de Winne Ko

Ecrit par Winne Ko

Traduit par Véronique Danzé

Cet article est publié sur Global Voices et est republié ici dans le cadre d’un accord de partenariat.

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