Il n’y a rien sur la Révolution Haïtienne. Rien. Ça ne fait pas partie des programmes : c’est ce qu’a déclaré l’historienne de l’esclavage Myriam Cottias en référence aux difficultés de la France à se pencher sur son passé esclavagiste, lors d’une entrevue accordée à Mediapart, suite à la publication d’une série d’articles du « New York Times » sur la « dette de l’indépendance » payée par Haïti à ses anciens colons français.

Myriam Cottias, actuellement directrice de recherche au CNRS, directrice du Centre international de recherche sur les esclavages et les post-esclavages (CIRESC) et chercheuse au Laboratoire caribéen de sciences sociales (LC2S) revient sur un aspect de l’éducation nationale haïtienne et française, autour de thématiques (entre autres, la dette de l’indépendance et le passé esclavagiste de Haïti vis-à-vis de la France) qui devraient constituer de liens extrêmes étroits entre la France et son ancienne colonie.

En effet, au-delà de la dette de l’indépendance, une dette morale s’impose à la France à travers une certaine redevabilité envers l’histoire et Haïti. Selon l’historienne, il y a une reconnaissance symbolique et morale à faire, qui doit ensuite se traduire très précisément par des politiques publiques en direction d’Haïti au nom de cette responsabilité.

Si l’éducation serait l’un des écrous pour bien fixer cette responsabilité de la part de la France, une démarche qui exprime une certaine volonté des deux parties s’exprime de manière unilatérale, puisque ce sont les haïtiens qui, jusqu’à aujourd’hui ont inséré dans leur système éducatif le lien douloureux entre la France et Haïti, d’un point de vue historique, mais aussi culturel et social.

Les petits haïtiens non seulement apprennent à l’école le lourd passé colonial avec la France, mais aussi, une bonne partie de la littérature française ainsi que les déterminants de la Révolution Française, alors que d’un autre côté, la France observe un silence complet sur la Révolution Haïtienne dans son système éducatif, et les prouesses des anciens esclaves noirs qui ont su mettre en défaite l’armée napoléonienne, la plus puissante à l’époque…

La spécialiste de l’esclavage dans l’espace caribéen a donc confié à Mediapart que dans les livres scolaires actuellement, en France, il n’y a rien sur la révolution haïtienne. Rien. Ça ne fait pas partie des programmes !

« Moi qui suis de la Martinique par ma mère, l’histoire de Saint-Domingue et d’Haïti, je n’en avais jamais entendu parler – je l’ai apprise en me spécialisant sur la mémoire de l’esclavage. » a confié l’historienne…

Contactée par la rédaction de LE COURRIER DU MONDE, la guadeloupéenne Manick Siar-Titeca, psychologue de l’Education Nationale, a confié que la thématique de l’esclavage coloniale est fort peu abordée dans le système éducatif de la France Hexagonale, elle est au programme, mais genre une page et demie.

« On parle surtout du commerce triangulaire, mais très peu de la colonisation comme on aimerait que cela soit étudié… »

La directrice de la maison d’Edition de livres audio Une Voix Une Histoire a continué pour expliquer que, dans le cadre du travail avec l’UNESCO, la révolution haïtienne avec Boukman a été abordée dans « Grand-Mère ça commence où la route de l’esclavage » de Dany Bebel Gisler, un bouquin sous forme de petit livret illustré pour les enfants, mais qui n’a pas fait grand bruit en France…

Le retour de la question de la dette haïtienne dans la presse internationale, puisque cette question de dette a été initiée par l’ancien Président haïtien, Jean-Bertrand Aristide en 2004, est une très bonne occasion de raviver les mémoires, et mettre les projecteurs sur le passé colonial de la France vis-à-vis de Haïti, et aussi d’apprendre aux générations futures les liens douloureux de l’esclavage qui rapprochent la Métropole française aux îles d’Amérique.

Joseph LEANDRE

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