Dans une interview au journal Izvestia, accordée il y a deux jours l’ambassadeur de Centrafrique à Moscou a demandé l’implantation d’une base russe dans son pays pouvant accueillir de 5 à 10 000 soldats.

«Nous avons besoin d’une base militaire russe», a déclaré l’ambassadeur de Centrafrique à Moscou Léon Dodonou dans une interview publiée fin mai 2023 dans le journal Izvestia. Selon lui, elle aurait une capacité entre 5 et 10 000 soldats, lesquels pourraient en cas de nécessité être projetés dans les pays voisins. L’ambassadeur a précisé que cette demande avait déjà été formulée par le président de l’Assemblée nationale centrafricaine Simplice Mathieu Sarandji lors de la visite à Moscou en octobre 2022. Le diplomate a rappelé les menaces encourues par son pays en particulier émanant de réfugiés soudanais dont certains seraient armés. Il a soutenu la nécessité de la coopération avec Moscou et ce malgré le mécontentement manifesté par certains pays.

Un forum sur la sécurité internationale rassemblant 112 délégations, dont 44 africaines, s’est tenu le 24 mai à Moscou. Ces dernières années, la Russie a réactivé sa politique de coopération avec de nombreux États africains datant de l’ère soviétique. Cette volonté du Kremlin s’est affirmée lors du premier sommet Russie-Afrique organisé en 2019. La deuxième édition se tiendra au mois de juillet 2023 à Saint-Pétersbourg.

Dans cette même interview, l’ambassadeur de Centrafrique a indiqué que les priorités de ce futur sommet seraient les questions sécuritaires et économiques. Le président russe a adressé ses vœux aux dirigeants africains à l’occasion des 60 ans de l’Organisation de l’unité africaine deux mois avant le sommet Russie-Afrique prévu à Saint-Pétersbourg du 26 au 29 juillet. «Veuillez accepter mes vœux les plus sincères à l’occasion de la Journée de l’Afrique», a déclaré Vladimir Poutine lors du 60ème anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le 25 mai 1963 à Addis-Abeba. Une fête devenue, selon le président russe, un symbole de la victoire des peuples du continent africain sur le colonialisme et du désir de liberté, de paix et de prospérité. 

Avec l’Union africaine qui lui a succédé en 2002, il a été possible de mettre en place des mécanismes collectifs de règlement des crises locales et de lancer des processus d’intégration régionale de différentes sortes. Le deuxième sommet Russie-Afrique prochain se présente plus réel pour lequel la Fédération de Russie compte aujourd’hui sur les liens tissés par l’Union soviétique, qui a toujours soutenu les pays africains dans leur lutte pour l’indépendance, contribuant à leur développement. Des conseillers militaires soviétiques y sont intervenus et des formateurs militaires ont travaillé en Angola, en Éthiopie, en Égypte et au Mozambique notamment.

En outre, l’Union soviétique a beaucoup usé de son influence pour que soit adoptée en 1960 la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, connue aussi comme la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies. 

Vladimir Poutine s’est dit confiant dans la réussite du deuxième sommet prévu en juillet 2023 à Saint-Pétersbourg : «Je suis certain qu’il permettra d’élargir notre coopération de manière constructive, dans les domaines de la politique, du commerce, des échanges techniques ou culturels». Un premier sommet Russie-Afrique de 2019 avait permis de renouer des liens entre la Russie et ses partenaires africains. 

L’ambassadeur russe aux États-Unis, Anatoli Antonov, a néanmoins noté que ce sommet se préparait dans un contexte géopolitique complexe, à un moment de changements politiques et économiques radicaux se produisant à l’échelle mondiale. Depuis ces dernières années, la Russie et l’Afrique ont engagé un processus de rapprochement. En particulier, les pays africains qui ont été moins catégoriques que les grandes puissances occidentales face à la guerre en Ukraine. Des pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud se sont ainsi abstenus à l’ONU lors du vote d’une résolution condamnant l’action de la Russie.

Une mission de paix prochainement

Une mission de paix menée par six dirigeants africains partira dès que possible en Ukraine et en Russie pour tenter de trouver une solution pacifique au conflit dévastateur, a annoncé le président sud-africain Cyril Ramaphosa en mai 2023 «Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky ont accepté de recevoir la mission et les chefs d’État africains, à Moscou et à Kiev», a déclaré Cyril Ramaphosa lors d’une conférence de presse au Cap. «J’ai convenu avec le président Poutine et le président Zelensky de commencer à préparer les engagements avec les chefs d’État africains», a-t-il poursuivi.

La mission inclura, outre l’Afrique du Sud, le Sénégal, la Zambie, le Congo, l’Ouganda et l’Égypte. L’Afrique du Sud s’est abstenue à l’ONU Les pays africains ont été moins catégoriques que les grandes puissances occidentales face à la guerre en Ukraine. Des pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud se sont ainsi abstenus à l’ONU lors du vote d’une résolution condamnant l’action de la Russie. Cyril Ramaphosa, qui a précisé qu’il s’était  entretenu au cours du week-end avec ses homologues russe et ukrainien lors d’appels téléphoniques séparés, a souhaité des échanges soutenus avec les deux dirigeants au cours de la mission. Ce dernier dénonce les pressions occidentales

La veille, Cyril Ramaphosa s’était indigné que Pretoria subisse des pressions pour choisir son camp. Proche du Kremlin depuis l’époque de la lutte contre l’apartheid, l’Afrique du Sud a toujours refusé de condamner Moscou, affirmant rester neutre et vouloir privilégier le dialogue. Cette position a irrité sur la scène internationale, d’autant que Pretoria a accueilli des exercices navals avec la Russie et la Chine en février, peu avant le premier anniversaire de l’invasion russe, ravivant les inquiétudes occidentales. 

L’annonce d’une mission africaine survient par ailleurs après de récentes tensions entre Pretoria et Washington autour de la question russe. L’ambassadeur américain en Afrique du Sud a affirmé la semaine dernière qu’un cargo russe avait accosté en décembre près du Cap pour repartir vers la Russie chargé d’armes et de munitions. Le gouvernement sud-africain a déclaré qu’il n’existait aucune trace de ventes d’armes approuvées par l’Etat à la Russie sur la période en question et le président Ramaphosa a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’affaire. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a été informé du projet de mission de paix africaine et l’a accueilli favorablement, a encore précisé Cyril Ramaphosa récemment.

Faouzi Oki
Pour RESEAU INTERNATIONAL

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