[Sauf indication contraire, tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Le 27 août, la superstar japonaise du tennis Naomi Osaka a brièvement suspendu sa participation au tournoi de tennis Western & Southern Open aux États-Unis à la suite des tirs de la police sur Jacob Blake [fr] à Kenosha, dans le Wisconsin. La « nouvelle voix » de Naomi Osaka contre le racisme a suscité des éloges et, comme on pouvait s’y attendre, des critiques aussi au Japon.

La fusillade de Jacob Blake dans le Wisconsin le 23 août 2020, qui entre dans le cadre d’un schéma historique de violence contre les personnes autochtones, noires et de couleur par la police aux États-Unis, a provoqué des critiques massives et une vague de désobéissance civile à travers le pays.

De nombreux athlètes et équipes sportives ont organisé des grèves sauvages pour protester contre les tirs sur M. Blake. Dans un tweet du 27 août, Mme Osaka a déclaré qu’elle se retirerait du tournoi Western & Southern Open pour « engager une conversation dans un sport à majorité blanche » (le tennis) :

Suite à l’annonce de Naomi Osaka, les organisateurs ont annoncé une interruption du tournoi le jeudi 27 août, le jeu reprenant le vendredi 28 août. L’athlète a ensuite annoncé qu’elle rejoindrait le tournoi, retournant sur le court de tennis vêtue d’un t-shirt Black Lives Matter.

Déclaration faite.

48 heures impressionnantes que nous a livrées Naomi Osaka.

[image] L’athlète Naomi Osaka arrive sur le court de tennis en t-shirt noir et blanc à l’effigie du mouvement Black Lives Matter.

Mme Osaka a envoyé cette déclaration à plusieurs organes de presse :

« Comme vous le savez, je me suis retirée du tournoi hier pour soutenir la lutte contre l’injustice raciale et la poursuite des violences policières. […] J’étais (et je suis) prête à concéder le match à mon adversaire. Cependant, après mon annonce et de longues consultations avec la WTA (Association de tennis féminin) et l’USTA (Association américaine de tennis), j’ai accepté leur demande de jouer vendredi. Ils ont proposé de reporter tous les matchs à vendredi et dans mon esprit, cela apporte plus d’attention au mouvement. »

Naomi Osaka, largement considérée comme l’une des meilleures joueuses de tennis au monde, est une citoyenne du Pays du Soleil levant d’origine japonaise et haïtienne, qui a grandi aux États-Unis en parlant japonais et créole. Afin de se conformer aux exigences de la citoyenneté japonaise, qui n’autorisent pas la double nationalité, et pour pouvoir représenter le Japon aux Jeux olympiques de 2018, elle renoncé à la citoyenneté américaine.

Mme Osaka est une figure populaire au Japon, grâce à son palmarès sur les courts de tennis et à sa personnalité joviale en ligne. Cependant, elle a subi des attaques racistes en ligne, parfois pour des tweets apparemment anodins, d’autres fois pour son soutien et sa sensibilisation au mouvement #BlackLivesMatter [fr] au Japon.

Une utilisatrice populaire de Twitter, qui se décrit comme une « Hapa américano-japonaise » (une personne partiellement d’origine asiatique ou insulaire du Pacifique), décrit dans un tweet partagé des dizaines de milliers de fois les diverses critiques formulées contre elle au Japon :

Les commentaires en japonais sur la décision de Naomi Osaka de boycotter ses matchs de tennis sont absolument terribles :

«Je suppose qu’elle n’est pas vraiment japonaise, après tout.»
«Pensez aux difficultés auxquelles sont confrontés ses sponsors.»
«Boycotter les matchs ne sert à rien.»
«Le gars qui s’est fait tirer dessus par la police le méritait.»

Yamaoka Tetsuhide, un commentateur ultra-conservateur de premier plan, a réprimandé Naomi Osaka en anglais, allant jusqu’à utiliser le terme d’adresse diminutif et condescendant « chan » pour interpeller la superstar mondiale du tennis :

« Naomi Chan, je sais ce que vous devez ressentir mais je pense que c’est un problème totalement distinct. Vous pouvez exprimer librement votre inquiétude par tous les moyens, mais ne vous éloignez pas du court de tennis car vous êtes une joueuse de tennis professionnelle que nous aimons. »

Cependant, beaucoup plus de personnes au Japon ont montré leur soutien à Mlle Osaka, y compris Fukuyama Kazuhito, un éminent avocat et candidat à la mairie de Kyoto.

Mme Naomi Osaka :

« Avant d’être une athlète, je suis une femme noire. Et en tant que femme noire, j’ai l’impression qu’il y a des événements en cours beaucoup plus importants qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis. »

Probablement un choix difficile. Je soutiens Naomi Osaka.

Huffington Post : «Naomi Osaka annonce le boycott d’un match pour protester contre les tirs de la police sur un homme noir »

Ishigaki Noriko, conseiller municipal de Sendai et membre d’un important parti d’opposition au Japon :

Grâce aux protestations et à l’activisme de Naomi Osaka, le tournoi a été reporté par les organisateurs, qui ont dit avoir fait un « choix délibéré contre le racisme et l’injustice sociale ». Mme Osaka ne s’est pas contredite pas lorsqu’elle a accepté de reprendre sa participation, puisque le tournoi a répondu (à son message).

Je suis solidaire de la protestation contre tout racisme structurel.

Article de la NHK : « Naomi Osaka reprend sa participation au tournoi de tennis. »

Quand Mme Osaka a repris le jeu le vendredi 28 août, elle a été forcée de se retirer rapidement une fois de plus, en raison d’une blessure au tendon.

Creative Commons License
Photo de Nevin Thompson

Ecrit par Nevin Thompson

Traduit par Abdoulaye Bah

Cet article est publié sur Global Voices et est republié ici dans le cadre d’un accord de partenariat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

LITTÉRATURE | Asnay Berrayarza Riscart à la conquête de l’inconnu

«Egendrar Lo Desconocido» est cette œuvre que révèle Asnay Berrayarza, une jeune cubaine …