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Un document confidentiel émanant de la police mozambicaine a filtré dans la presse nationale, faisant état de 15 grossesses parmi les étudiantes d’une école de police à Matalane, dans la province de Maputo.

Le document indique que ces grossesses résulteraient de relations entre les élèves et leurs professeurs, sans préciser s’il s’agissait de relations consenties.

Par ailleurs, les étudiantes enceintes auraient été temporairement exclues de l’école et la police aurait couvert les frais de leur voyage de retour dans leurs provinces respectives. Enfin, ce document avance que les enseignants impliqués auraient été « suspendus ».

Répondant aux questions du journal O País sur cette affaire le 8 août, le commandant-général de la police, Bernardino Rafael, a déclaré que les personnes impliquées feraient l’objet d’une procédure disciplinaire.

Des commentaires réprobateurs à propos de cette affaire n’ont pas tardé à émerger sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes ont publiquement manifesté leur écœurement face aux mesures prises par l’école, et demandé justice pour ces femmes.

L’activiste Fátima Mimbire s’est exprimée sur sa page Facebook :

Traitez le sujet de [l’école de police de] Matalane avec le sérieux qu’il mérite. Ça me brise le coeur d’apprendre que 15 étudiantes du Centre de formation [de la police] de Matalane sont enceintes. C’est grave. C’est grave parce que, comme le document lui-même le mentionne, des enseignants sont impliqués.

Donc, une personne qui possède une autorité sur une autre provoque une grossesse, et à la fin on a une “petite procédure”? Cela me rappelle le professeur qui exigeait de ses élèves des relations sexuelles en échange de notes ou pour leur éviter une humiliation pendant le cours en raison de leur “stupidité”, selon le point de vue de ce professeur. Au lieu d’être traduit en justice, il a été transféré à un autre poste d’enseignement. Et ses prouesses continuent là-bas.

Txeka, un collectif de femmes activistes, a également condamné cette affaire sur Twitter :

“L’affaire de Matalane”

Bâtir une société où règne la justice sociale, dans la défense de l’égalité des droits des citoyens, cela passe par une politique d’éducation et de formation équilibrée, qui valorise la formation des citoyens, avec une préparation scientifique et une éducation morale, civique et patriotique.

[image] Une activiste du collectif Txeka pose, le visage grave, avec une affiche manuscrite sur laquelle on peut lire : “La relation entre professeur et élève est une relation de pouvoir, inégalitaire par nature ! #affairematalane”

Affaire Matalane

La culpabilisation [des victimes] de violences sexistes est une pratique courante dans les sociétés machistes/patriarcales, connues pour leur dévalorisation de la femme et la soumission aux volontés de l’homme, ce qui entraîne un jugement sur la conduite de la victime, et une atténuation de [la responsabilité de] l’agresseur pour son comportement.

[images] À gauche, des activistes du collectif Txeka tiennent des affiches manuscrites portant les slogans suivants : “L’impunité systémique des enseignants par rapport à leur apprenantes.” ; “On continue à protéger l’agresseur et à culpabiliser les victimes !”. À droite, la une d’un journal qui titre : “Les jeunes filles sont paresseuses et veulent que leurs enseignants leur donnent des devoirs faciles.” (citation du président de l’Association mozambicaine des policiers)

Le professeur Carlos Serra a écrit sur Facebook :

Matalane ? Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, nous sommes formatés de façon à reproduire [ce qui s’est passé à] Matalane. J’imagine le jour où elles commenceront à raconter leurs propres histoires, à commencer par la plus tendre enfance.

Ce sentiment est partagé par la journaliste et activiste Selma Inocência :

Peu de professeurs font l’objet de poursuites, peu sont jugés et condamnés. À cause d’eux, des milliers de petites filles sont privées d’enfance. L’école n’est pas un lieu sûr.

Les statistiques montrent que des centaines de filles tombent enceintes à l’école, dont une partie à cause de tuteurs, de professeurs, de directeurs.

[image] Une affiche de la campagne #orangezlemonde des Nations unies qui promeut le slogan : “J’agis pour mettre un terme aux violences faites aux femmes et aux filles.”

Une pétition a également été lancée pour exiger que les agents de police impliqués répondent de leurs actes. Jusqu’à présent, elle a été signée par plus de 3 800 personnes.

Le 19 août, le président mozambicain Filipe Nyusi a enfin annoncé qu’une enquête de police serait ouverte sur cette affaire :

Le gouvernement prend cette affaire au sérieux et une enquête approfondie est en cours au niveau du ministère et de l’État-major général de la police de la République du Mozambique. L’État ne doit pas tolérer ce type de situations, et ne le fera pas. La loi devra être appliquée et elle est la même pour tous. Personne n’est au-dessus de la loi.

Nous menons actuellement des investigations destinées à déterminer les circonstances entourant chacun des cas, tout en prenant en compte la protection de l’état psychique et émotionnel des femmes enceintes, qui méritent d’être traitées humainement.

D’autres affaires médiatisées

Cette affaire vient s’ajouter aux situations de violence auxquelles font face les femmes mozambicaines, et qui passent pour la plupart inaperçues dans les médias.

Dans la province de Gaza, une enquête criminelle est en cours contre le député Alberto Niquice, du Front de libération du Mozambique (Frelimo), pour le viol d’une enfant de 13 ans en 2018.

Au début de l’année, 30 organisations de la société civile mozambicaine ont exigé que le député, réélu en 2019, soit suspendu. Celui-ci est pourtant entré en fonction et exerce son mandat normalement à l’Assemblée nationale.

La presse a aussi couvert une affaire de violence domestique dont a été victime Josina Machel, la fille du premier président du Mozambique, Samora Machel.

En octobre 2015, Josina Machel a été agressée par son compagnon Rofino Licuco, avec qui elle était en couple depuis trois ans. Elle a perdu la vue à un œil à la suite de cette agression. Rofino Licuco a été condamné à trois ans et quatre mois d’emprisonnement, ainsi qu’à verser 300 millions de meticals (près de 4,2 millions de dollars américains) de dommages et intérêts à Josina Machel.

Il a depuis fait appel et, en juin 2020, la Cour d’appel suprême a renversé ce jugement pour « insuffisance de preuves ».

Creative Commons License
Photo de Dércio Tsandzana

Ecrit par Dércio Tsandzana

Traduit par Laila Le Guen

Cet article a été publié sur Global Voices et est republié ici dans le cadre d’un accord de partenariat et d’échange de contenus.

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